Un conte de Noël

Une mienne amie juge de son état sévissait dans une ville de province en un tribunal des affaires familiales. Sa grande expérience de la vie et de l’autre sexe l’avait pleinement convaincue qu’en tout litige, le sexe dit faible était immanquablement lésé depuis la nuit des temps. Pour rétablir enfin la justice, elle donnait régulièrement tort aux uns et raison aux unes.

Nous ses amis avions beau lui présenter à loisir que les temps n’étaient plus où les hommes se désintéressaient de leur progéniture. Les femmes, enfin lui répétais-je jusqu’à l’agacement n’étaient plus des citoyens de seconde catégorie ; elles votaient, elles travaillaient, certaines même plaidaient. L’égalité régnait, enfin presque.

A sa décharge, je vous confierais sur le ton de la confidence, que la pauvrette avait enduré un fâcheux pendant quinze longues années. Monsieur, au sortir du travail prétendait mettre les pieds sous la table et que cessassent les criailleries des enfants ! Tombant de Charybde en Scylla, son légitime l’ayant abandonné pour une midinette, « écumant » les boites de nuit en compagnie de quelques « cougars », ma pauvre amie s’amouracha d’un jeune sot inconséquent pour qui folle passionnée, elle faillit perdre la tête et ruiner sa réputation de femme de robe. Sortie exsangue mais furieuse de sa dernière aventure, elle jura désormais de faire siens tous les griefs de la gente féminine contre l’autre moitié de l’humanité, et de rétablir en son tribunal, la justice entre les « genres ». Les pauvres justiciables furent à la fin sauvés de sa ire, par une aventure cocasse qui arriva à la dite magistrate dans un de ces beaux et froids pays du nord de l’Europe.

Notre juge, pour se remettre de ses déceptions et de la tache harassante de séparer les pères de leurs enfants afin de les punir d’être des hommes, se décida à participer à un trek en Laponie. Là bas, sa réputation d’impartialité l’ayant précédée, elle fut invitée au cours d’une visite dans une ville au nom imprononçable, à apporter son concours à la justice locale. Après une séparation « houleuse », deux parents se disputaient la garde d’un enfant sans qu’aucun magistrat du cru, ne sache que décider en toute équité. Notre justicière hexagonale troquant son jupon contre sa robe (n’y voyez aucun sexisme, nous parlons des insignes de la loi),  s’engagea à régler le différent sur l’heure.

S’asseyant à la place d’honneur, elle eut le surprise de voir entrer deux requérantes ! Diable, l’affaire se compliquait à l’extrême ! Comment confier l’enfant à sa mère afin de punir son père ? Autres lieux, autres mœurs, elle avait oublié qu’en ce beau pays septentrional, les gens du même sexe convolent en justes noces et font des enfants. Mais notre juge était de première force, sans se démonter pour si peu, par le truchement d’un traducteur, elle fit demander laquelle de ces dames avaient porté en son sein cet enfant. L’une s’empressa de répondre que c’était elle, mais l’autre fît dire de suite que cet enfant était issu d’un de ses ovules !

Mille diables. C’est un vrai nœud gordien qu’il s’agissait de trancher. Par bonheur, cette mienne amie, fine lettrée comme il se doit se souvint à propos du jugement de Salomon. Elle fit appeler un brave bucheron du pays, accompagné de sa hache auquel elle ordonna d’aller quérir l’enfant qui patientait sur un banc hors du prétoire. Le bonhomme revient tenant l’enfant par la main.

Notre juge excédée, menaça de faire trancher l’enfant par le milieu afin de leur en remettre à chacune un morceau ! Mais Salomon, reste le Salomon de la bible. Aucune des deux mères ne fit mine de se désister en faveur de l’autre. L’enfant, qui n’avait toujours pas lâché la main de l’homme des bois fut appelé à se décider en faveur de l’une et au détriment de l’autre. Mais son regard avait beau aller de la brune à la blonde, comment faire un tel choix ? A la fin, il leva les yeux vers le colosse auquel il tenait toujours fermement la main, et c’est ce dernier qui prit la parole ; il demanda qu’on lui confie l’enfant. Il promettait de l’élever au milieu des siens et d’en faire un honnête travailleur. Notre Salomon d’emprunt ne se fit pas prier plus longtemps. Elle confia le petit garçon à son nouveau père et accorda aux deux mères un droit de visite, le weekend par roulement de quinzaine !

Ma chère amie, depuis son voyage, m’a-t-on dit, mais je ne peux y croire, tournerait sept fois sa langue dans sa bouche avant de confier un enfant en bas âge à la garde exclusive de sa mère … et même mais ce serait inespéré, on prétend qu’elle serait devenue une ardente partisane de la résidence alternée !

(A suivre)

JMD