Bruno Decoret

Bruno Decoret, Chercheur (HDR) en Education familiale à l’université de Nanterre Paris X , Maître de conférence à l’université de Lyon 1. En 1999 :

« Dans 85 % des cas, les enfants continuent à résider principalement chez leur mère. Il y a donc une importante population de pères de famille qui se retrouvent séparés de leurs enfants (ou ne les voient que peu) sans l’avoir souhaité. Le lien père-enfant s’avère ainsi être le lien le plus fragile de la famille. Les pères ne vivant pas principalement avec leurs enfants ont fréquemment des difficultés pour les voir, difficultés matérielles, ou personnelles, ou entraves mises par la mère. Près de la moitié ne les voient plus ou presque plus (ce pourcentage est identique pour les mères dans le même cas).

On retrouve des points communs chez les pères séparés : l’attachement affectif réaffirmé à leurs enfants, la persistance de leur devoir paternel indépendamment de la séparation d’avec la mère, les difficultés d’assurer complètement leur paternité, le sentiment d’être considérés comme des parents de deuxième qualité. S’ils ont sincèrement souhaité rester « parent principal » ils se sont vus souvent éconduits, sous l’argument contestable que l’enfant a surtout besoin de sa mère. S’ils ont accepté, ou demandé d’être le « parent secondaire », cette position est assimilée à un abandon. S’ils font partie des rares « parents principaux », ils vivent dans la crainte de la remise en cause de leur éducation.
La mise à l’écart des pères au moment des divorces est un réel problème dont les conséquences peuvent être dramatiques, pour eux et pour leurs enfants. S’ils en portent une part de la responsabilité, ils ne sont pas, loin de là, les seuls. Il y a urgence à se pencher sérieusement sur ce phénomène, dans l’intérêt de l’équilibre des familles et, en premier lieu, des enfants. »

« Les pères, des parents de deuxième qualité ? », Familles de France, mars 1999.